Plantocritique #1 – Sous la forêt, de Francis Martin

sous la foret

S’il y a une chose que j’aime faire quand j’ai un peu de temps libre, c’est lire. Surtout quand cela concerne mes sujets favoris : le plantes, les forêts, les champignons. Alors j’inaugure cette petite série de critiques d’ouvrages de vulgarisation par le livre de Francis Martin, publié en mai 2019 aux éditions Humensciences.

Le sujet :

« Sous la forêt – Pour survivre il faut des alliés », voici le nom de l’ouvrage dont j’aimerais vous parler aujourd’hui, car c’est une très belle découverte. Sous nos pieds, lorsque nous foulons le sol des bois environnement s’étale un vaste réseau invisible de filaments, tous reliés entre eux sur des hectares et des hectares. Ces filaments que l’on appelle le mycelium, ce sont des champignons qui peuvent s’étaler sur des centaines de kilomètres, parcourant parfois toute la forêt. A quoi servent-ils ? Qu’est ce que les études à leur sujet peuvent bien nous apprendre sur la vie des forêts ? Les comprendre nous permettra-t-il de relever des challenge sociétaux comme le réchauffement climatique et la sauvegarde des écosystèmes forestiers ? C’est de tout cela, et bien plus encore dont il est question dans cet ouvrage.

Les spoilers :

Le livre est riche en contenu et en anecdotes. Mais ce ne sont pas seulement des « fun facts » ou des banalités qui sont abordées dans ce livre. Francis Martin explique également les méthodologies de recherche derrière les découvertes qui sont rapportées.
Chaque chapitre est une petite histoire et le livre peut ainsi se savourer petit à petit. Dans chaque partie du livre, c’est une nouvelle espèce de champignon dont il est question. Et chaque champignon est un nouveau prétexte pour plonger plus loin dans la complexité des interactions entre les organismes des forêts.

On y découvre la grande migration des chênes du sud vers le Nord après les dernières glaciations, tels des Ents marchant vers Isengard (rendez-vous dans cet article si vous n’avez pas la référence) et pourquoi les amanites tue-mouches sont hallucinogènes.

On y apprend surtout que les plantes et champignons ont passé un pacte il y a déjà plus de 407 millions d’années, étant capables d’entrer en symbiose et de tisser d’étroits réseaux entre leurs racines et leurs mycéliums respectifs.
Francis Martin nous raconte qu’il y aurait plus de 3 millions d’espèces de champignons différentes, bien que nous ne voyions à l’oeil nu que quelques petits milliers d’entre eux grâce à leurs fructifications que l’on cueille pour les faire en omelette. Oui, les champignons que l’on ramasse en sortie le dimanche ne sont que les appareils reproducteurs des champignons, chargés de disséminer leurs spores ! Nous partons également à la rencontre de charmants mycètes qui se délectent d’excréments d’animaux…

Allez, je ne vous en dis pas plus, vous n’avez plus qu’à lire le livre !

L’auteur :

Francis Martin est ce que l’on appelle un vrai passionné. Déjà tout petit, il parcourait les forêts à la recherche des champignons. Plus tard, sa passion naturaliste est devenue son métier et il est depuis 1981 chercheur à l’INRAE. Son domaine de recherche concerne principalement les symbioses entre les arbres et les champignons, car une forêt est bien plus que les plantes qui les peuplent. Il est à la tête du laboratoire ARBRE (Advanced Research on the Biology and Ecology of Forest – Recherche Avancée en Biologie et en Ecologie des Forêts en français.), très prolifique et dirige des projets inter-disciplinaires en collaboration avec des laboratoires du monde entier.
Pour découvrir son laboratoire, c’est ici. Retrouvez également plus d’informations sur ces recherches dans cet article de l’INRAE.
En plus d’être un excellent chercheur, c’est également un formidable vulgarisateur. Vous pourrez retrouver un aperçu de ses activités dans cet article de The conversation, ou dans ces chroniques de France culture : « Champignons : sous la forêt les spores » ou « La face cachée des sous-bois« .

Plantocritique :

Il y a beaucoup de choses dans ce livre, pour toutes les tranches d’âges et tous les niveaux de sciences. Des anecdotes, des récits de recherche de terrain, un peu de théorie et même des conseils pour les jeunes chercheurs.

Celui qui m’a le plus marqué est le suivant : lorsque vous lancez un sujet de recherche, arrangez-vous pour prendre un sujet qui résonne avec les intérêts du quotidien de personnes qui ne sont pas dans le domaine. Lorsqu’on travaille sur les truffes, ce met si recherché, chaque résultat est prétexte à de nombreuses publications dans les médias grand public. Les gens ont beaucoup de questions et en tant que scientifique, c’est très gratifiant. Non seulement on a l’impression que nos recherches servent dans la vie courante, mais en plus que les gens s’intéressent et comprennent notre sujet de recherche. Ce n’est pas possible sur toutes les thématiques mais… effectivement cela semble être un bon calcul !

Mi-biographie, mi-documentaire, on se laisse facilement entraîner par l’enthousiasme de l’auteur pour son sujet. Bref, sous la forêt, c’est de l’excellente vulgarisation, qui ne joue pas trop sur le sensationnalisme : un niveau d’information bien dosé et une très belle plume. Tantôt précis et détaillé, tantôt poétique, Francis Martin arrive à nous faire voyager et à nous emmener réellement « Sous la forêt ». On y sent toute son amour pour la nature, et toute sa passion pour le métier de chercheur, bref… un plat « truffé » 😉 de bonnes choses, réussi et bien dosé !

Et un avertissement pour les générations futures : ce n’est qu’en continuant à se poser des questions sur la vie cachée sous nos pieds que nous parviendrons à relever les défis futurs soulevés par le changement climatique et l’urbanisation croissante. Et ce n’est qu’en unissant nos efforts dans la sensibilisation à notre environnement que nous parviendrons à faire les bons choix à l’avenir.

La citation :

« Je faisais mes premiers pas dans la recherche (…). Ces premiers mois passés « à la paillasse » m’ont vite appris que le chercheur en biologie végétale est à la fois un bon jardinier, un grand cuisinier, un excellent détective et un devin capable de lire l’avenir. » – Francis Martin, Sous la forêt – p.78

Retrouvez cette critique dans cet extrait de Booktube à essai, publiée sur la plateforme Echosciences Grand-Est.

Si vous avez des recommandations de livres sur les plantes, la botanique, la biologie végétale, ou au contraire que vous souhaitez avoir des conseils de lecture, n’hésitez pas à m’envoyer vos suggestions en commentaire ou par email à leplantoscope(a)gmail.com !

Publié par Le Plantoscope

Diplômée de biologie végétale et ancienne chercheuse en biologie moléculaire et cellulaire, je suis maintenant dédiée à la vulgarisation scientifique autour de la biologie des plantes. Le Plantoscope est un outil pour voyager à travers les plantes et la botanique par des anecdotes et des explications simples et accessibles.

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