PEB#2 – Sumac vénéneux et super héros

NPS photo/Abby Adkins

Les plantes ne nous veulent pas que du bien…

Dans le monde merveilleux des plantes et de notre grande et belle nature, tout ne veut pas notre bien. Certaines plantes aimeraient d’ailleurs probablement qu’on les laisse bien tranquilles, c’est peut-être pour cela qu’elles ont développé tout un arsenal de poisons pour nous récompenser de les embêter. Dans la famille des plantes criminelles, j’aimerais vous parler du sumac vénéneux (Toxicodendron radicans).

L’urushiol : ton partenaire douleur

Le sumac vénéneux contient dans sa sève une substance huileuse, l’urushiol. Il arrive que l’huile suinte sur les feuilles, qui se recouvrent d’une couche de ces molécules… et c’est là que les problèmes commencent.

Structure de base de l’urushiol, R pouvant être une chaîne carbonée plus ou moins longue : (CH2)14CH3; (CH2)7CH=CH(CH2)5CH3; (CH2)7CH=CHCH2CH=CH(CH2)2CH3; (CH2)7CH=CHCH2CH=CHCH=CHCH3; CH2)7CH=CHCH2CH=CHCH2CH=CH2 ou autre…

Car voyez vous, l’urushiol n’est pas toxique, en soi. Cela dit, sa structure moléculaire lui permet de passer la barrière de la peau, et de pénétrer dans notre organisme. Une fois rentré, notre système immunitaire est capable de le détecter et d’y réagir… mais un peu trop. Au point que cela ne provoque de fortes dermatites, c’est à dire des irritations et des brûlures sur la peau, qui peuvent devenir très impressionnantes. Je vous épargne les photos films d’horreur dans l’article, mais vous pouvez avoir un aperçu des symptômes ici. Il faut donc être sensibilisé au sumac au préalable pour y réagir… mais cela se produit très fréquemment, et 90% des américains y seraient susceptibles. Les symptômes peuvent en plus apparaître à retardement, de quelques heures à plusieurs semaines après contact (1).

Quelques explications de son mécanisme d’action sont illustrés dans cette vidéo :

Et aux Etats-Unis, c’est un vrai problème… car la plante est très commune !

Et son huile s’accroche à tout : vos habits, vos outils de jardinage, votre animal de compagnie… et peut rester jusqu’à 5 ans ! Chaque année, 50 millions d’américains seraient touchés par une crise d’irritation liée à l’urushiol, et plus de 120 millions y seraient susceptibles. Des cas sont mêmes comptabilisés en Europe maintenant, avec l’introduction de ces espèces (2). Les chercheurs pensent que son succès évolutif serait lié au fait que les fleurs puissent être pollinisées par quasiment tous les types d’insectes (3).

Au secours, de l’urushiol partout !

Autant dire que l’urushiol, c’est du sérieux.
La phrase mnémotechnique la plus associée au sumac vénéneux aux Etats-Unis est « Leaves of three, let it be »… on pourrait le traduire par « feuilles de trois, ne t’approche pas » ! Mais T. radicans n’est pas la seule plante à sécréter de l’urushiol. Ce serait trop facile !
Dans la collection urushiol printemps-été-automne, on retrouve aussi Toxicodendron vernix (le sumac à vernis) et Toxicodendron diversilobum (sumac de l’ouest), et d’autres plantes de la famille des Anacardiacées comme… la mangue, au hasard. La peau de mangue contient d’ailleurs de l’urushiol, et certaines personnes y réagissent violemment. Je vous déconseille vivement de croquer dans une mangue entière, dans le doute.

Comme c’est quand même un problème de santé assez répandu, au moins sur un continent du monde, on peut trouver pas mal d’articles à son sujet. Le génome de T. radicans est d’ailleurs entièrement séquencé depuis 2017 (4). Vous serez également ravis d’apprendre que les chercheurs estiment qu’avec le réchauffement climatique et l’augmentation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère, les plants de sumac produiront vraisemblablement encore plus d’urushiol (5).

Un point positif ?

Le nom urushiol vient de « urushi » en japonais, qui signifie « images laquées » et désigne aussi la résine d’un arbre : Toxicodendron vernicifluum, le vernis du Japon.
Parce que du côté du Japon, l’urushi, on connaît bien. Il s’agit d’une résine issue de la sève, qui est utilisée depuis 3000 av. JC pour créer des revêtements brillants et imperméables sur les objets et les peintures. On peut aussi s’en servir comme colle pour fixer des ornementations… Le procédé de récolte, de fabrication et d’application réduit la toxicité de l’urushiol, au point de pouvoir lécher des assiettes laquées sans le moindre risque. Cela dit, n’essayez pas chez vous, c’est un art !

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Quand les plantes inspirent les super-héros

En anglais, le sumac vénéneux se nomme « Poison Ivy ». Ca vous rappelle quelque chose ? C’est le pseudonyme d’une super-vilaine dans le comics Batman. Elle apparaît en 1966 dans le numéro 181. Son vrai nom : Dr. Pamela Lilian Isley, scientifique, anti-héros, éco-terroriste, icône de l’éco-féminisme (6) pour certains… Un personnage saisissant !

Et lorsque les plantes inspirent les super-héros, ça donne de super expositions au Jardin Botanique de Nancy.

Pour aller plus loin :

Retrouvez cette plante et bien plus sur le compte twitter du Plantoscope.

1. Gladman, A. C. Toxicodendron dermatitis: poison ivy, oak, and sumac. Wilderness Environ Med17, 120–128 (2006).

2. Walker, S. L., Lear, J. T. & Beck, M. H. Toxicodendron dermatitis in the UK. International Journal of Dermatology45, 810–813 (2006).

3. Senchina, D. & Summerville, K. Great Diversity of Insect Floral Associates May Partially Explain Ecological Success of Poison Ivy (Toxicodendron Radicans Subsp. Negundo [Greene] Gillis, Anacardiaceae). The Great Lakes Entomologist40, (2018).

4. Weisberg, A. J., Kim, G., Westwood, J. H. & Jelesko, J. G. Sequencing and De Novo Assembly of the Toxicodendron radicans (Poison Ivy) Transcriptome. Genes8, 317 (2017).

5. Ziska, L. H., Sicher, R. C., George, K. & Mohan, J. E. Rising Atmospheric Carbon Dioxide and Potential Impacts on the Growth and Toxicity of Poison Ivy (Toxicodendron radicans). Weed Science55, 288–292 (2007).

6.Checkett, J. The Green Goddess returns: Batman’s Poison Ivy as a symbol of emerging ecofeminist consciousness. 1 (2001).


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