PEB#4 – Trouille, citrouille !

citrouilles-halloween

Halloween : mais qui a eu cette idée folle ?

La citrouille est incontestablement, sous nos latitudes, devenue la star de l’automne, et plus particulièrement de notre fête d’Halloween. Chaque année, on les creuse pour en faire des lanternes. Des concours s’organisent partout dans le monde, et j’aimerais décerner une mention spéciale à la créativité de ces étudiants en biologie, dont les créations sont compilées sur le blog Biology for life.

Citrouille gravée d’une hélice d’ADN et de la phrase « DNA is life » = l’ADN c’est la vie en français.

Vous ne vous êtes jamais demandés pourquoi on creusait une citrouille à Halloween ?
De nombreux historiens se sont penchés sur cette tradition dans tous les pays qui fêtent Halloween (1). A chaque fois, on peut remonter quasi-directement à la tradition celte. Nos ancêtres les gaulois fêtaient « Samhain », un évènement pivot dans le calendrier, car ce jour marquait le début des moissons, les prémices de l’hiver, les jours décroissants et le début d’une nouvelle année.
A cette période de transition entre la phase « claire » de l’année et sa phase « sombre », les celtes pensaient que le passage entre monde des dieux et celui des hommes était ouvert, et que les esprits pouvaient revenir nous rendre visite.
Pour les aider, et les guider dans le monde des vivants, on allumait donc des lanternes dans des légumes creusés et de saison (betteraves, navets…). A ses débuts on utilisait donc pas de citrouille… car il se trouve qu’elles sont originaires d’Amérique comme on le verra juste après. Ceci dit, elles sont remarquablement adaptées à faire des lanternes, car on peut assez facilement les creuser et qu’il y a de la place à l’intérieur ! Cela explique probablement la transition entre les betteraves et les citrouilles pour les décorations.
En Lorraine, on retrouve la  » Rommelbootzennaat » (« nuit des betteraves grimaçantes »), fêtée avant même que le format de la fête d’Halloween tel qu’on le connaît aujourd’hui soit importé des Etats-Unis.
Voilà, maintenant vous sachez ! Passons à un peu de botanique.

Nom de code : Cucurbita pepo

La citrouille appartient à la grande famille des Cucurbitaceae (comme le concombre, oui), un groupe qui rassemble environ 800 espèces dans 130 genres différents. C’est même la société Française des Cucurbitacées qui le dit.
Vous le savez, vous qui suivez assidument le Plantoscope – les plantes répondent à des noms « communs » comme « citrouille », mais aussi à des noms scientifiques composés d’un nom de genre, et d’un nom d’espèce. comme. Dans le cas de la citrouille cela donne « Cucurbita pepo« , qui est le nom scientifique attribué de… tous les fruits ci-dessous :

Une farandole de citrouilles

Les citrouilles, les pâtissons, les courges, les courgettes… toutes sont répertoriées sous la même espèce, mais dans des sous-espèces ou des variétés différentes. Ca ne rigole pas ! Beaucoup de ces espèces sont totalement immangeables et amères, et il a fallu des trésors d’ingéniosité et d’habilité de croisement, par des générations d’horticulteurs amateurs ou professionnels, pour arriver à des variétés comestibles et agréables en bouche… comme la courgette ou la citrouille de supermarché que nous connaissons.
En ce qui concerne le potiron, il est lui dérivé de l’espèce « Cucurbita maxima » originaire du sud de d’Amérique du Sud, et dont la diversité n’est pas moins stupéfiante :

Une farandole de potirons

C’est bon, vous voyez la différence ? Pour distinguer citrouille et potiron, rappelez-vous que la citrouille est ronde et orange, le potiron est plutôt rougeâtre et aplati. Le pédoncule (la partie qui rattache le fruit à la plante) est dur et anguleux sur la citrouille, cylindrique et spongieux sur le potiron. Facile non ?

Puisqu’ici on adore sortir avec des anecdotes pour briller en société, sachez que les potirons sont les plus gros fruits du monde. Le record du monde de la plus grosse citrouille est détenu par un flamand depuis 2016. La « bête » a été présentée au championnat européen de la citrouille géante (oui, on peut être compétitifs sur des domaines insoupçonnés). Elle pèse 1190,5 kg, un beau bébé dont son papa, Mathias Willemijns, est très fier.

Mathias Willemijns et son bébé d’une tonne.

Une longue histoire de courge

Pourquoi tant de variété ? Parce que l’espèce humaine et la courge, c’est une longue histoire d’amour. Une brève recherche sur internet permet de trouver toutes sortes d’anecdotes folles sur ce fruit, originaire d’Amérique du Sud mais apparemment domestiqué deux fois indépendamment, au Mexique et aux Etats-Unis (2).
Par exemple, saviez-vous que les scientifiques étaient tout à fait perplexes de trouver des traces d’utilisation de courges en Amérique du Nord il y a plus de 12000 ans ? Ils ont notamment retrouvé de nombreux vestiges de Cucurbita pepo ssp. ovifera.

Cucurbita pepo ssp. ovifera

A cette époque, la sélection des courges ne devait pas être un gros business, et ces fruits devaient être amers, bien trop amers pour qu’autre chose qu’une mégafaune de mammifères aujourd’hui disparue puissent les consommer (3). Aussi se sont-ils demandés ce que les citoyens américains de l’Holocène pouvaient bien faire de toutes ces courges.
La première hypothèse est qu’ils les transformaient, en ôtant les graines, en denrée somme toute comestible… la deuxième hypothèse, bien plus plausible selon certains chercheurs, est que ces courges servaient pour faire flotter les filets de pêche (4).
Grâce à leurs expériences de flottabilité, vous serez ravis d’apprendre que des petites courges de 6cm de diamètres fonctionnent aussi bien que le styrofoam, un polystyrène classiquement utilisé dans les flotteurs de filets de pêche actuels. Un avantage pour ce fruit, puisque les graines peuvent par conséquent être transportées naturellement au gré des rivières, caractéristique de l’on appelle « hydrochorie » en langage botanique.

Mais revenons-en à nos pâtissons. La famille des Cucurbitacées est entièrement originaire d’Amérique du sud, où elles sont utilisées dans une association de plantes compagnes en agriculture en compagnie des haricots (Phaseolus vulgare) et du maïs (Zea mais). Le maïs sert de support à la croissance du haricot grimpant, et les feuilles de cucurbitacées protègent le sol de la sécheresse.

A titre d’illustration, voici à quoi ressemble le système racinaire d’une citrouille :


Système racinaire de Cucurbita pepo convar. citrullina var. styriaca
(Kutschera, L.; Sobotik, M.; Lichtenegger, E., Würzelatlas der Kulturpflanzen gemässigter Gebiete mit Arten des Feldgemüsebaues. – Frankfurt am Main : DLG-Verlag, 2009. – 527 p.)


On sait qu’à partir de la découverte et de l’exploration de l’Amérique, les échanges de cucurbitacées avec l’Europe se sont rapidement multipliés. Pour en témoigner, un vestige « historique » est particulièrement intéressant : les fresques de la Villa Farnesina à Rome, réalisées entre 1515 et 1518 par l’artiste Raphael Sanzio (1483-1520) représentent 170 plantes, dont de nombreuses espèces du « Nouveau Monde » (5). Cette oeuvre est probablement la première représentation européenne de potirons et de citrouilles, et atteste qu’on avait déjà importé ou cultivé de nombreuses espèces de cette famille, moins de 50 ans après l’expédition de l’ami Christophe Colomb.

Quelques extraits de la fresque représentant des vieilles variétés de citrouilles (4)

Te plante pas de courge

Aujourd’hui, la citrouille et ses variétés sont des plantes économiquement importantes. Et ce succès s’explique par tout ce que l’on peut en faire.
A titre d’exemple, les citrouilles non mûres sont utilisées en légume, les très mûres sont apprêtées en boissons, grillées et on peut en faire foultitude de desserts !
Les graines peuvent être utilisées pour faire de l’huile ou tout simplement en pâtisserie ou dans des salades… Les boutons floraux et les fleurs servent aussi dans la célèbre recette des quesadillas.
En plus de pouvoir les accommoder d’une centaine de façons, la citrouille a également des propriétés médicinales. Certains y voient même une source de molécules utile pour le traitement de cancers (6).

Mais attention à ne pas vous tromper avec cette panacée. Comme je vous le disais en début de cet article, ce ne sont pas les variétés qui manquent ! Les courges ayant une certaine tendance à s’hybrider entre elles, il n’est pas rare que l’on confonde les courges comestibles avec d’autres… moins comestibles. Certaines variétés contiennent une forte concentration de molécules peu digestes, comme les cucurbitacines.

Cucurbita-5-ène – CC0 – NEUROTiker

Produites comme molécules de défense contre les pathogènes, elles ont la fâcheuse tendance d’être amères et toxiques pour nous, pouvant provoquer à forte dose des nausées, des vomissements, une hypersalivation et des diarrhées sanglantes. Bon appétit !
Chaque année, les centre anti-poisons ont fort à faire avec des cas d’intoxication liées à l’ingestion des « mauvaises » courges. (7,8)
Pour parvenir à tracer et à identifier les sous-espèces et variétés de cette famille assez complexe, certaines équipes de recherche sont entièrement dédiées à l’étude des génomes de ces différents morphotypes (types morphologiques). Grâce à de subtiles différences dans la séquence ADN de certaines parties du génome des courges, il est de plus en plus facile de savoir à quelle courge on a affaire pour limiter les risques… (9)

Alors pensez à goûter vos citrouilles avant de les cuire : si elles sont amères, gardez-les pour vos décorations d’Halloween, et trouvez-en d’autres à cuisiner !

A bientôt mes petits patidous ! (Ou mes petits patissons, qui sont tout aussi mignons !)

Ceci est un patidou – vous aussi vous avez envie que ce mot « patidou » devienne le petit surnom mignon de toutes les personnes que vous aimez ?

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Pour aller plus loin :

  1. Santino, J. Halloween in America: Contemporary Customs and Performances. Western Folklore 42, 1–20 (1983). (DOI : 10.2307/1499461)
  2. Castellanos-Morales, G. et al. Tracing back the origin of pumpkins (Cucurbita pepo ssp. pepo L.) in Mexico. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences 286, 20191440 (2019). (DOI : 10.1098/rspb.2019.1440)
  3. 1.Kistler, L. et al. Gourds and squashes (Cucurbita spp.) adapted to megafaunal extinction and ecological anachronism through domestication. PNAS112, 15107–15112 (2015). (DOI : 10.1073/pnas.1516109112)
  4. Hart, J. P., Daniels, R. A. & Sheviak, C. J. Do Cucurbita pepo Gourds Float Fishnets? American Antiquity 69, 141–148 (2004). (DOI : 10.2307/4128352)
  5. Janick, J. & Paris, H. S. The cucurbit images (1515-1518) of the Villa Farnesina, Rome. Ann. Bot. 97, 165–176 (2006). (DOI : 10.1093/aob/mcj025)
  6. Perez Gutierrez, R. M. Review of Cucurbita pepo (Pumpkin) its Phytochemistry and Pharmacology. Med chem 6, (2016). (DOI : 10.4172/2161-0444.1000316)
  7. Notice du centre antipoison « INTOXICATIONS PAR LES COURGES NON COMESTIBLE »
  8. Note de l’ANSES relative aux courges.
  9. Xanthopoulou, A. et al. Whole-genome resequencing of Cucurbita pepo morphotypes to discover genomic variants associated with morphology and horticulturally valuable traits. Hortic Res 6, (2019). (DOI : 10.1038/s41438-019-0176-9)

Du côté du Café des sciences, on vous propose de fabriquer des sténopés en citrouilles chez Kidisciences. L’article original se retrouve sur le blog de Pierre Kerner, Strange Stuff and Funky Things

Du côté de twitter, un thread complémentaire sur un article récent à propos de l’origine des Cucurbitacées :

Publié par Le Plantoscope

Diplômée de biologie végétale et ancienne chercheuse en biologie moléculaire et cellulaire, je suis maintenant dédiée à la vulgarisation scientifique autour de la biologie des plantes. Le Plantoscope est un outil pour voyager à travers les plantes et la botanique par des anecdotes et des explications simples et accessibles.

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